Latrine

Une latrine est un lieu aménagé de telle sorte qu'un être humain puisse s'y soulager de ses déjections corporelles, surtout par la défécation.



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  • Les autres marchés ont comme système d'assainissement des latrines... Quand la latrine est pleine, on le recouvre et on construit une autre fosse.... (source : pmie)
Une latrine.
Latrines multi-familiales en Haïti : construction basique en blocs, mais le résultat en terme d'assainissement est déjà suffisant.
Une latrine à fosse simple en Pologne.

Une latrine est un lieu aménagé de telle sorte qu'un être humain puisse s'y soulager de ses déjections corporelles, surtout par la défécation. Comparé à une toilette, une latrine possède une technologie moindre. La latrine est le mode d'assainissement de base le plus utilisé dans le monde[1]. L'objectif d'une latrine est à la fois d'assurer la santé de ses usagers en contenant ou en évacuant les excréments, et de protéger l'environnement.

Il restait en 2002 plus de 2, 6 milliards de personnes dans le monde sans assainissement de base et par conséquent sans latrine acceptable[2] ; les conséquences sur la santé publique, l'infrastructure urbaine et la dignité humaine sont tellement importantes qu'on arrive à parler de «crise sanitaire»[3]. Malgré les initiatives suivant les Objectifs de Développement du Millenium (visant à diminuer de moitié la proportion de personnes sans assainissement de base d'ici 2015), le taux de couverture peine à suivre la croissance de la population mondiale.

La crise sanitaire peut revêtir une telle importance qu'elle finit par affecter les politiques d'un pays ; ainsi, Gandhi avait dit que «l'assainissement est plus important que l'indépendance.»[4]

Terminologie

Si le mot a vieilli dans les pays développés où on parle plus fréquemment de toilettes, il reste fréquemment utilisé dans les pays en développement et quelquefois dans les zones rurales des pays développés. La forme au pluriel («des latrines») est plus fréquemment utilisée en France mais la forme au singulier («une latrine»), perçue comme vieillie[5], est utilisée de prédilection dans d'autres pays francophones, surtout en Afrique et en Haïti.

La différention entre toilettes et latrines n'est pas forcément évidente. Si un simple trou dans la terre entouré de bâches est clairement une latrine, et si un cabinet à chasse d'eau relié aux égouts est clairement une toilette, certains types comme une latrine à siphon hydraulique reliée à une fosse septique peuvent être complexes à classifier. L'appellation dépend en particulier du contexte, et du type d'évacuation des excréta disponible dans le voisinage. Une autre façon de classifier est de considérer qu'une latrine est le plus fréquemment localisée hors de la maison, et la toilette à l'intérieur.

Le néologisme «latrinisation» est quelquefois employé dans le développement pour désigner un programme incluant le développement des latrines. La latrinisation est membre du processus d'assainissement de base qui inclut l'évacuation des excréta, l'évacuation des eaux de pluie et eaux usées, et l'évacuation des déchets solides.

Il existe aussi le canadianisme «bécosse».

Utilité

Une latrine a deux fonctions principales :

  1. assurer la santé de ses utilisateurs en donnant la possibilité l'évacuation des excréments de manière hygiénique ;
  2. assurer la protection de l'environnement en contenant les germes pathogènes excrétés.

Les différents types de latrines assurent plus ou moins bien ces deux rôles. Ainsi, une latrine mal entretenue remplira mal son rôle de protection hygiénique ; le type de sol et la proximité de la nappe phréatique compliqueront les risques à peu prèsnementaux.

Cependant, une latrine a aussi d'autres fonctions du point de vue de l'usager, et ces fonctions sont d'ailleurs fréquemment plus importantes lors du choix de l'acquisition d'une latrine ou de le perfectionnement du dispositif existant, énormément plus que les raisons de santé[6]. Une latrine sert à bénéficier d'intimité, un point essentiel surtout pour les femmes (dans certaines cultures, elles ne doivent pas être vues allant faire leurs besoins)  ; la défécation en plein air est aussi associée à un statut inférieur, elle est symptôme de pauvreté[7], alors que l'utilisation d'une latrine sert à conserver ou de regagner une certaine dignité. Une latrine est aussi un élément de la culture : ne pas en avoir peut être source d'honte quand on reçoit des visiteurs, en posséder peut être source de prestige. De même, disposer d'un type de latrine «perfectionnée» ou d'une toilette peut aussi donner un certain statut social.

Histoire

Antiquité

Icône de détail Article détaillé : Hygiène sous la Rome antique.

Les plus anciennes latrines qu'on connaisse remontent à la civilisation de la vallée de l'Indus, reconnue comme la première à avoir développé une planification urbaine dès 2600 av. J. -C.  : des toilettes étaient évacuées dans des égouts retrouvés sur les sites de Mohenjo-daro et de Harappa[8]. Il faudra attendre le XVIe siècle avant de retrouver un tel dispositif en Europe.

Éléments d'une latrine

Une latrine se compose de plusieurs éléments :

En plus de ces attributs, une latrine aura des éléments supplémentaires selon son type (voir ci-dessous)  : siphon hydraulique, quelquefois une chasse d'eau lorsque c'est envisageable, un emplacement de douche contigu, mais aussi les dispositifs d'évacuation des excréta.

Les différentes types

Les latrines peuvent être globalement classées selon trois critères :

Un facteur supplémentaire intervient, qui est le nombre de personnes utilisant la latrine. On parle dans ce cas de latrine publique pour un usage non restreint et peut-être payant, et de latrine privée ou familiale lorsque la latrine est conçue pour un seul foyer.

Latrines sèches

Une latrine à fosse simple rudimentaire : fosse surélevée, porte et toit endommagés, ventilation peu efficace… mais même un modèle aussi simple permet déjà de perfectionner l'hygiène de l'endroit.

Un simple trou creusé dans le sol et recouvert suite à la défécation n'est généralement pas reconnu comme une «latrine». Il faut que la fosse atteigne une profondeur raisonnable, de l'ordre de cinquante centimètres à un mètre, pour que le nom se mérite.

Une latrine à fosse simple est le type le plus basique mais également probablement le plus commun. C'est une fosse creusée dans le sol, fréquemment renforcée dans sa partie haute afin d'éviter l'effondrement de la latrine ; la fosse est recouverte de branchages et de terre pour les modèles simples, ou d'une dalle de béton percée d'un trou si les moyens le permettent. S'il s'agit du type de latrine le plus simple, il permet déjà un bon contrôle des maladies liées aux excréta, pour peu qu'un entretien régulier soit effectué. Les odeurs et les mouches continuent de poser problème.

La latrine perfectionnée à fosse ventilée plus fréquemment nommée VIP[9] est un progrès du type précédent, développé en Afrique australe. Il consiste à ajouter une ventilation de la fosse à l'extérieur (le plus fréquemment sous la forme d'un tuyau de PVC de diamètre 100 mm), surmontée d'une grille anti-insectes. Cette latrine permet un bien meilleur contrôle des odeurs et des mouches mais exige une construction de meilleure qualité et davantage d'entretien.

Les latrines à trou foré sont identiques aux latrines à fosse simple mais, au lieu d'une fosse d'environ un mètre de diamètre, disposent d'une fosse plus étroite, forée de façon mécanique. Cette façon de faire a de nombreux inconvénients : risque d'effondrement des parois, odeurs plus présentes car les excréments peuvent rester accrochés aux parois, remplissage plus rapide même si le trou est profond, contamination plus facile de la nappe phréatique. Ce type est employé en cas d'urgence humanitaire car il est assez rapide à creuser.

Les latrines à seau consistent simplement à faire ses besoins dans un seau, couvert lorsqu'il n'est pas utilisé afin d'éviter les mauvaises odeurs. Le seau est ensuite vidé périodiquement dans un lieu adapté. Malgré les grands risques de santé imposés aux videurs comme aux utilisateurs, on trouve toujours de telles latrines, que ce soit pour des raisons respectant les traditions (comme en Inde où la caste des intouchables a pour rôle respectant les traditions de vider les latrines) ou pour des raisons de manque de place, surtout dans les bidonvilles.

Enfin, il existe différents types de latrines écologiques, où l'objectif est de laisser reposer la matière un certain temps, quelquefois en séparant l'urine et/ou en ajoutant d'autres matières (cendres, déchets organiques) pour faciliter le processus de compostage. Il est dans ce cas envisageable de réutiliser le compost, ce qui évite de polluer l'environnement.

Latrines humides

Dans certaines zones urbaines bidonvillisées proches d'une rivière ou de la mer, il est courant de voir des «latrines» consistant simplement en un assemblage de bois recouvert de bâches et tissus surplombant l'eau, où les gens vont faire leurs besoins. Cela pose des risques sanitaires pour les personnes vivant en aval, écologiques pour les animaux vivant dans l'eau, et de sécurité pour les utilisateurs les plus vulnérables (enfants, personnes âgées) qui peuvent tomber. Ce dispositif est quelquefois l'unique faisable dans certaines communautés pauvres.

La latrine à siphon hydraulique est le type le plus simple de latrine à fosse humide : comparé à une latrine à fosse simple, elle consiste simplement à ajouter un siphon à la dalle. Le siphon sert à stopper les mauvaises odeurs et les insectes et assure par conséquent de meilleures conditions hygiéniques. Il suffit de deux à trois litres d'eau pour évacuer les matières. Ce genre de latrines est adapté aux lieux où les gens utilisent de l'eau pour le nettoyage anal, les objets volumineux ne pouvant pas passer ; il faut aussi disposer d'une alimentation suffisante en eau, complexe à trouver dans les zones arides, rurales et mal alimentées.

En ajoutant un tuyau d'évacuation à une telle latrine, il est envisageable de créer différentes variantes. A titre d'exemple, il est envisageable de placer la fosse à l'écart de la superstructure et d'optimiser l'utilisation de l'espace ; on peut aussi avoir deux fosses, l'une utilisée pendant que l'autre est fermée pour que les germes pathogènes soient absents et que la vidange puisse se faire sans moyens mécaniques. Il est aussi envisageable de relier la latrine à une fosse septique ; si ceci rend le fonctionnement plus pratique pour l'utilisateur, il n'enlève pas les problèmes de vidange et ajoute le problème de l'évacuation de la fraction liquide ; les fosses septiques sont en particulier utilisées en zone rurale.

On peut aussi relier une telle latrine à un réseau d'égout s'il existe, ou à réseau d'égouts simplifiés ou à faible diamètre si cela est approprié. C'est une solution coûteuse et généralement réservée aux ensembles urbains planifiés de longue date ; on touche ici à la limite à un dispositif de toilettes relié à réseau d'assainissement complexe.

Enfin, on peut mentionner le dispositif «Aqua-privy», dans lequel la fosse est entièrement étanche et remplie d'eau ; un conduit permet d'évacuer le trop-plein par le côté, alors que les matières solides s'accumulent au fond. Sur le terrain, ce dispositif a été un désastre[10] : soit bloqué et débordant, soit manquant d'eau et par conséquent nauséabond, il nécessitait un grand investissement financier à la construction.

Latrines suspendues

Dans les châteaux-forts[11] ou certaines maisons à plusieurs étages[12], les latrines sont installées dans une minuscule pièce d'étage, formant un excroissance sur la façade. Les excréments sont ainsi évacués directement à l'extérieur et tombent en contrebas ou bien sont récupérées dans des fosses ventilées. Par exemple au Château de Coucy, XIIIe siècle, il y avait des latrines prévues à chaque étage du donjon et des tours pour éviter les relents désagréables qui empestèrent toujours bien des châteaux mal équipés, à commencer par le Château de Versailles, et cela jusqu'à une époque récente, puisqu'au XIXe siècle, du temps du roi Louis XVIII, on se plaignait toujours des corridors du Château de Saint-Cloud[13].

Latrines publiques

Restes d'une latrine publique après 3 mois de manque d'entretien (quartier périurbain de Cap-Haïtien, Haïti).

Les latrines publiques ont typiquement deux aspects envisageables : le premier est l'alignement d'une série de cabines individuelles groupées en un seul lieu, type courant dans les écoles où la plupart d'usagers est susceptible d'utiliser les latrines en même temps. L'autre type consiste à avoir un seul local divisé en deux parties (hommes et femmes), chacune comportant plusieurs sièges ou emplacements sans que leur utilisation ne soit nécessairement particulièrement intime. Ce type est plus fréquemment vu près des marchés.

L'installation d'une latrine publique est généralement motivée pour des raisons économiques (servir un maximum de personnes par un investissement minimal) et de gain d'espace : dans les zones densément peuplées, l'installation d'une latrine par famille s'avère vite problématique. Mais, fréquemment, les latrines publiques souffrent d'un problème de gestion : pour qu'elles restent utilisables, il faut qu'un nettoyage régulier soit fait par une organisation quelconque. De nombreuses expériences tendent à prouver que les organisations locales sont fréquemment plus efficaces que les services publics pour cela[14].

Dans les pays en développement, il est particulièrement habituel de voir des latrines publiques inutilisables à cause d'un manque d'entretien. Les initiatives fructueuses dans ce domaine sont rares ; on peut citer les latrines communautaires Sulabh[15] en Inde, résultat d'une coopération public-privé et d'un investissement de son fondateur Bindeshwar Pathak, servant douze millions de clients quotidiennement.

Remplissage et vidange de la fosse

Icône de détail Article détaillé : Vidange d'une latrine.

Le temps que mettra une fosse à se remplir dépend de plusieurs facteurs : le volume de la fosse et la vitesse de remplissage ; celle-ci dépend du nombre de personnes utilisant la latrine, et du taux d'accumulation des matières fécales. Selon de nombreuses expériences[16], ce taux fluctue entre 40 litres par personne et par an pour une fosse humide si de l'eau est utilisée pour le nettoyage anal, à 60 litres et 90 litres par personne et par an pour une latrine sèche quand des objets plus volumineux sont utilisés pour le nettoyage anal. Dans le cas d'une fosse humide, l'infiltration dans le sol de la partie humide explique cette différence. On considère qu'une latrine est pleine quand le niveau arrive à 50 cm du sommet de la fosse.

La vidange d'une fosse est un problème récurrent dans les pays en développement et surtout dans les bidonvilles. Les services publics sont soit absents, soit ne disposent pas de moyens techniques pour accomplir cette mission. Les entreprises privées ne font guère de profit dans ces zones, aisément négligées. On compte ainsi de particulièrement nombreuses latrines pleines et inutilisables.

La façon «classique» de vidanger une fosse est d'utiliser un camion-citerne spécial de grand volume pourvu d'une pompe aspirante, servant à vidanger plusieurs fosses d'affilée, puis d'emmener les excréta vers un dépôt particulièrement aménagé. Mais un tel équipement nécessite un entretien et une maintenance quelquefois complexe, et un grand investissement à la base. Qui plus est , il ne permet pas d'accéder à des lieux plus reculés ou particulièrement denses comme l'intérieur des bidonvilles. De l'autre côté de l'échelle, il existe de nombreux travailleurs du secteur privé informel[15] qui vidangent les fosses avec des pelles et des seaux, au cours de la nuit, dans des conditions insalubres. Un grand problème est dans ce cas de savoir où déposer les matières, qui faute de mieux sont quelquefois déversées dans un canal de drainage ou dans une rivière au cours de la nuit. Pour cette raison, ils sont quelquefois reconnus comme illégaux.

Des solutions de technologie intermédiaire ont été développées, et surtout le dispositif Vacutug[17] développé au Kenya en 1996, servant à construire et maintenir grâce à des matériaux locaux une machine de vidange à bas coût, de taille modérée et d'opération simple, à destination de micro-entreprises dédiées. Si les expériences jusqu'désormais semblent positives, elles nécessitent une aide à la création de ces micro-entreprises

Situation dans le monde

Couverture mondiale

Couverture de l'assainissement de base dans le monde selon une évaluation du WSP en 2002.

La couverture mondiale de l'assainissement de base montrée sur la carte ci-dessus provient d'une estimation effectuée par le Water & Sanitation Programme en 2002 (branche de la Banque mondiale) en utilisant différentes sources. Dans ce contexte, l'«assainissement de base» correspondant à l'accès à «un dispositif d'évacuation des excréta perfectionné»[18], ce qui inclut les connexions à un dispositif d'égout, à une fosse septique, à une latrine à siphon hydraulique, à fosse simple ou à fosse perfectionnée ventilée. Par contre, ne font pas partie des dispositifs «perfectionnés» les latrines publiques ou partagées, les latrines à ciel ouvert (cas de nombreuses latrines à fosse simple), les latrines à seau et bien bien entendu la défécation en plein air, en sachet plastique, etc.

La méthodologie utilisée[19] pointe ses propres faiblesses, et surtout la difficulté qu'il y a à estimer les pratiques des personnes vis-à-vis de la défécation, sujet sensible. Si des enquêtes au niveau des ménages sont fréquemment utilisées, le recours aux chiffres «officiels» est inévitable et introduit un certain optimisme dans les résultats : les quartiers dits illégaux sont fréquemment ignorés comme c'est le cas de nombreux bidonvilles[20].

Une autre source d'erreur est d'estimer qu'un foyer dispose d'un assainissement de base quand il dispose d'un des types de latrines déjà mentionnés ; mais ceci ignore les particulièrement nombreuses latrines pleines, démolies, inondées ou inutilisables d'une autre façon. Ainsi, des taux de 50%[21] de latrines inutilisables ne sont pas rares dans de nombreux lieux, faute de maintenance ou d'un dispositif de vidange bien en place. Enfin, ces chiffres n'incluent pas la couverture des canaux de drainage ou d'évacuation des déchets solides, néenmoins indispensables à un assainissement de base ainsi qu'à la dignité humaine.

Pays en développement et moins avancés

Absence de latrines dans un bidonville de Cap-Haïtien : la défécation en plein air (visible au premier plan) et dans la mer est courante, faute de moyens et de place pour des latrines.

D'après la même source du WSP, la couverture de l'assainissement de base dans les pays en développement atteignait 73% dans les zones urbaines et 31% dans les zones rurales pour une moyenne de 48%, en 2002 ; mais seuls 18% des foyers disposaient d'une connexion à un égout. Dans les pays les moins avancés, la couverture tombe à 57% dans les zones urbaines et 27% dans les zones rurales pour une moyenne de 35%, et 2% de connexions à un égout. Au total, cela représente plus de 2, 5 milliards de personnes non alimentées par un dispositif perfectionné dans la totalité des pays en développement, nombre à augmenter certainement au vu des réserves détaillées plus haut.

Les conséquences sont désastreuses tant au niveau sanitaire qu'au niveau de la dignité humaine. Les méthodes de défécation non perfectionnées sont les principales responsables de maladies féco-orales telles que la diarrhée : les 4, 4 milliards de cas de diarrhée rapportés chaque année entraînent plus de 2, 2 millions de morts par an, essentiellement des enfants de moins de 5 ans[22]. Les Objectifs de Développement du Millenium fixés en 2002 à Johannesburg avaient pour but de diminuer de moitié la proportion de personnes sans assainissement de base en 1990 (soit 51%) d'ici 2015, et d'assurer l'accès à tous en 2025. Pour les objectifs de 2015, ceci signifierait non seulement construire 378 000 latrines par jour, mais également assurer l'entretien et la maintenance des structures existantes : la réalité en est toujours loin[10].

«Le fait que 2, 6 milliards de personnes dans le monde doivent déféquer dans des sacs plastiques, des seaux, des fosses à ciel ouvert, des champs ou des lieux publics de leur communauté devrait générer un appel collectif à un effort immédiat et concerté pour étendre l'accès à des dispositifs d'assainissement perfectionnés.
Pourtant, les taux de couverture dans les pays en développement ne suivent qu'à peine la croissance de la population mondiale.
Pourquoi est-ce que l'assainissement n'obtient que si peu d'intérêt de la part des gouvernements locaux et nationaux, et de la part de la communauté mondiale ?[23]»

Développement et freins

Dans les pays en développement, l'extension de la couverture des latrines n'est pas du ressort unique des individus mais fait fréquemment partie d'un programme national, fréquemment soutenu par des ONG locales et mondiales. On observe cependant que l'assainissement est souvent un parent pauvre d'autres ministères, divisé entre la santé publique, les travaux publics, l'eau, etc.

Les programmes de développement peinent toujours à inclure l'assainissement comme un composant-clé : l'accès à l'eau est plus fréquemment cité, découlant d'une part de l'émotivité suscitée par l'évocation d'une personne sans eau[20], d'autre part par le fait que les ingénieurs responsables des programmes tendent à penser l'assainissement en termes d'ingénierie classique (canaux de drainage en béton, dispositifs complexes de ramassage des déchets) qui rejettent les latrines dans la sphère privée. Les approches plus récentes de type «marketing social»[24] font suite à l'échec des programmes respectant les traditions trop fréquemment gouvernés par l'offre disponible et par le marché. Une telle approche était déjà amorcée suite à la Water and Sanitation Decade, suite à laquelle une des leçons était de s'orienter vers des approches basées sur la demande[25].

Le fait que la défécation soit un sujet sensible est aussi un facteur expliquant le peu d'engouement dans ce domaine : les donateurs comme les bénéficiaires restent réticents à aborder un sujet qui est fréquemment censé ne pas sortir de la sphère privée. Enfin, il existe un certain nombre de fausses idées au sujet de la latrinisation, qui restent néenmoins fréquemment admises dans le monde du développement : le fait que les bénéficiaires désirent avoir une latrine pour une meilleure santé (alors que l'intimité, le prestige ou l'absence d'odeurs sont des raisons plus courantes)  ; le fait que l'eau et l'assainissement doivent toujours aller de pair ; ou la fausse identiqueité entre la construction de latrines et le perfectionnement de la santé[26].

Références générales

Notes

  1. B. Chocat, Encyclopédie de l'hydrologie urbaine et de l'assainissement, Paris, Lavoisier Tec et Doc, 1997, 112 p. (ISBN 2-7430-0126-7) .
  2. (en) Water and Sanitation Programme, Joint Monitoring Programme for Water Supply and Sanitation, accessible en ligne.
  3. M. Black, Mega-Slums : the Coming Sanitary Crisis, WaterAid, 1994.
  4. Sanitation is more important than independence, cité à de nombreuses reprises et surtout dans Duncan Mara, Low-cost Urban Sanitation, 1996, Wiley & Sons.
  5. Voir la sur le TLFi.
  6. Water and Sanitation Programme, Who buys latrines, where and why?, field note, septembre 2004.
  7. Robert Chambers, Whose Reality Counts : Putting the First Last, ITDG Publishing, 1997.
  8. J. Mark Kenoyer, Ancient cities of the Indus Valley Civilization, Oxford University Press, 1998 (ISBN 0195779401) .
  9. Abréviation de l'anglais Ventilated Improved Pit latrine ; l'acronyme est plus fréquemment utilisé. On trouve aussi le nom de latrine perfectionnée à fosse auto-ventilée (LAA).
  10. ab B. Fawcett, Water & Sanitation for Developing Countries, Lectures Notes, University of Southampton, 2005.
  11. latrines du château de Tonquédec
  12. Latrines à colombages sur une maison de tisserand
  13. Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné architecture française XIe au XVIe siècle, Latrines
  14. Hasnat Khandaker et Gitali Badrunnessa, CBO-management of Slum Neighbourhood Sanitation Services : The Aynal's Bastee Case, Dhaka, Bangladesh, WaterAid-IRC Case Study, décembre 2004.
  15. ab Water and Sanitation Programme, Sanitation is a business, approaches for demand-oriented policies, SDC, 2004 (ISBN 3-03798-058-3) .
  16. John Pickford, Low-cost Sanitation : a survey of practical experience, 1995, IT Publications.
  17. Madeleen Wegelin-Schuringa et Manus Coffey, Small Pit Emptying Machine : an Appropriate Solution in Nairobi Slum, IRC Mondial Water and Sanitation Centre, 1998.
  18. Voir les définitions sur le site du WSP.
  19. [pdf] (en) Détaillée dans l'annexe A du document Global Water Supply and Sanitation Assessment 2000 Report.
  20. ab Deepa Joshi, Joy Morgan et Ben Fawcett, Sanitation for the poor : whose choice, theirs or ours?, DFID report no KAR R8028, University of Southampton.
  21. Oxfam, Appui aux initiatives de la société civile pour un renforcement du secteur Eau et Assainissement dans la ville du Cap Haïtien, dans le centre ville et ses quartiers défavorisés, Concept Note, EU project, avril 2005.
  22. Unicef & OMS, Global Water & Sanitation Assesment Report, 2000.
  23. Health dignity & development : what will it take?, UN Millennium Project Task Force on Water & Sanitation, Final Report, abridged version, 2005 : p32. Traduction par l'auteur de l'article Wikipédia.
  24. Water and Sanitation Programme, The case for marketing sanitation, Field note, août 2004.
  25. Sandy Cairncross, Sanitation and Water Supply : Practical Lessons from The Decade, IBRD, London School of Hygiene and Tropical Medicine, septembre 1992.
  26. Nilanjana Mukherjee, Myth vs. Reality in Sanitation and Hygiene Promotion, WSP field note, mars 2000.

Bibliographie

Les ouvrages cités en référence font fréquemment déjà autorité dans leur domaine. Il est envisageable de consulter les rapports des nombreuses ONG qui travaillent dans le secteur de l'assainissement mais aussi celles du Water & Sanitation Programme (voir dans les liens externes). Parmi les autres ouvrages, on peut citer :

Documentaire :

Liens externes

Recherche sur Amazone (livres) :



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