Vidange d'une latrine

La vidange d'une latrine sert à désigner l'opération consistant à vider la fosse d'une latrine des matières qui y sont contenues, pour pouvoir continuer à l'utiliser lorsqu'elle est pleine.



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  • ... La cuvette d'une latrine à chasse d'eau est posée sur le sol au dessus du siphon pour... et de valoriser les produits de vidange issus de ces latrines. Elles est constituée d'une fosse construite au dessus du sol.... (source : fr.irc)
  • Latrines à canon : 1, 20%. - Latrines ventilées :1, 59%. Traitement des escrétas quand la fosse est pleine. - Vidange : 64, 14%. - Construction d'une autre... (source : pmie)

La vidange d'une latrine sert à désigner l'opération consistant à vider la fosse d'une latrine des matières qui y sont contenues, pour pouvoir continuer à l'utiliser lorsqu'elle est pleine.

Problème

Le temps que mettra une fosse à se remplir dépend de plusieurs facteurs : le volume de la fosse et la vitesse de remplissage ; celle-ci dépend du nombre de personnes utilisant la latrine, et du taux d'accumulation des excréta. Selon de nombreuses expériences[1], ce taux fluctue entre 40 litres par personne et par an pour une fosse humide si de l'eau est utilisée pour le nettoyage anal, à entre 60 litres et 90 litres par personne et par an pour une latrine sèche quand des objets plus volumineux sont utilisés pour le nettoyage anal. Dans le cas d'une fosse humide, l'infiltration dans le sol de la partie humide explique cette différence. On considère qu'une latrine est pleine quand le niveau arrive à 50 cm du sommet de la fosse.

La vidange d'une fosse est un problème récurrent dans les pays en développement et surtout dans les bidonvilles. Les services publics sont soit absents, soit ne disposent pas de moyens techniques pour accomplir cette mission. Les entreprises privées ne font guère de profit dans ces zones, aisément négligées. On compte ainsi de particulièrement nombreuses latrines pleines et inutilisables.

La façon «classique» de vidanger une fosse est d'utiliser un camion-citerne spécial de grand volume pourvu d'une pompe aspirante, servant à vidanger plusieurs fosses d'affilée, puis d'emmener les excréta vers un dépôt particulièrement aménagé. Mais un tel équipement nécessite un entretien et une maintenance quelquefois complexe, et un grand investissement à la base. Qui plus est , il ne permet pas d'accéder à des lieux plus reculés ou particulièrement denses comme l'intérieur des bidonvilles. De l'autre côté de l'échelle, il existe de nombreux travailleurs du secteur privé informel[2] qui vidangent les fosses avec des pelles et des seaux, au cours de la nuit, dans des conditions insalubres. Un grand problème est dans ce cas de savoir où déposer les matières, qui faute de mieux sont quelquefois déversées dans un canal de drainage ou dans une rivière au cours de la nuit. Pour cette raison, ils sont quelquefois reconnus comme illégaux.

Des solutions de technologie intermédiaire ont été développées, et surtout le dispositif Vacutug[3] développé au Kenya en 1996, servant à construire et maintenir grâce à des matériaux locaux une machine de vidange à bas coût, de taille modérée et d'opération simple, à destination de micro-entreprises dédiées. Si les expériences jusqu'désormais semblent positives, elles nécessitent une aide à la création de ces micro-entreprises

Vidange manuelle

Un «homme-grenouille» (vyura) de Dar es Salam au fond d'une fosse.

Dans de nombreux lieux des pays en développement, l'absence de moyens financiers empêche d'utiliser les dispositifs mécaniques ; les bidonvilles se définissent aussi fréquemment par une grande densité de peuplement et des couloirs étroits, ne donnant la possibilité pas le passage d'engins plus gros qu'une brouette ou alors une bicyclette. Dans ces lieux, les fosses des latrines sont fréquemment vidées manuellement, par des personnes utilisant des pelles et des seaux pour extraire les excréta.

La procédure suivie est assez identique dans les différents pays : les vidangeurs débutent par enlever la dalle si c'est envisageable ou en cassent une partie s'il s'agit d'une grande dalle en béton, complexe à déplacer ; les parois de la fosse sont fréquemment endommagées pendant l'opération. Dans le cas d'une fosse humide, des seaux suffisent pour enlever les excréta et les vidangeurs peuvent rester en-dehors de la fosse ; avec une fosse sèche, les excréta sont généralement particulièrement compacts, à part dans les premiers 50 centimètres. Les vidangeurs doivent dans ce cas descendre dans la fosse et utiliser des pelles ou alors une barre à mine pour décoller les matières et les remonter à la surface. Si c'est envisageable, les matières sont enterrées dans une autre fosse creusée à côté ; s'il n'y a pas de place pour cela, elles sont transportées par brouette jusqu'à un autre lieu où une fosse est creusée[4]

Vidangeur de Dar es Salam. Les matières extraites continuent à poser un problème de santé publique, faute de lieu pour les déposer et de transport adapté.

Les conditions de travail des vidangeurs sont spécifiquement éprouvantes : ils doivent généralement travailler la nuit à cause des nuisances que leur travail crée pour le voisinage. S'ils utilisent fréquemment un désinfectant versé dans la fosse pour neutraliser les odeurs, celles-ci persistent tout de même et les masques ne suffisent pas forcément. L'usage de bottes, de gants et de masques peut permettre une certaine protection mais en pratique, ils ne sont pas forcément employés, soit que les vidangeurs manquent de moyens pour en acheter, soit qu'ils gênent trop le travail[5]. La présence de déchets dans la fosse complique le travail, et il n'est pas rare de trouver des déchets médicaux (en particulier des seringues) qui mettent en danger la vie des vidangeurs[6].

En plus de leurs conditions de santé, les vidangeurs subissent aussi la stigmatisation due à leur travail. Leur surnom peut être méprisant (vyura soit «homme-grenouille» à Dar es Salam), associé à une classe sociale inférieure (comme les bayakou haïtiens), ou les deux (les Intouchables en Inde, membres d'une caste scindée). Ils travaillent couramment dans le secteur informel et ne sont pas forcément «légaux» aux yeux du service public : ils peuvent risquer une sanction (amende ou alors emprisonnement) en cas de «vidange illégale», raison qui plus est pour travailler la nuit. Leur insécurité les pousse à demander des tarifs élevés : 80 US à Dar es Salam, 60 à 100 US à Mombasa, 120 US à Cap-Haïtien[7].

Notes
  1. John Pickford, Low-cost Sanitation : a survey of practical experience, 1995, IT Publications.
  2. Water and Sanitation Programme, Sanitation is a business, approaches for demand-oriented policies, SDC, 2004 (ISBN 3-03798-058-3) .
  3. Madeleen Wegelin-Schuringa et Manus Coffey, Small Pit Emptying Machine : an Appropriate Solution in Nairobi Slum, IRC Mondial Water and Sanitation Centre, 1998.
  4. Source : Travail réalisé avec les vidangeurs de Cap-Haïtien (bayakou) par l'auteur.
  5. Certains vidangeurs de Cap-Haïtien et de Dar es Salam reconnaisent ainsi ne pas vouloir utiliser de pelles mais plutôt deux assiettes, «plus pratiques».
  6. Entretien avec Guettie Noël, Ministère de la Santé Publique et de la Population, Cap-Haïtien, Haïti.
  7. Steven Sugden, Pit latrine emptying processes, Dar es Salaam City Wide Sanitation Marketing, 2006.

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